Tête de maure et Col de cygne
Au fil du temps la forme de l’alambic a lentement changé. Le changement le plus spectaculaire est le chapiteau, partie au dessus de la marmite, passant de la tête de maure à l’oignon avec son col de cygne
Par Jean-Luc Montembault, Cognac Educator certifié par le BNIC.
Une appellation n’est pas un label de prestige. C’est une liste de contraintes : un territoire, des cépages, un procédé, des durées. Tout ce qui respecte la liste a droit au nom. Tout ce qui s’en écarte, non, même si le résultat est excellent. C’est aussi simple et aussi sévère que ça.
Voici ce que recouvre cette liste, et ce qu’elle vous permet de lire sur une étiquette.
Dès le XIIIe siècle, les vins du Poitou, de La Rochelle et de l’Angoumois partaient par bateau vers l’Angleterre, la Hollande et la Scandinavie. Le commerce marchait. Le produit, beaucoup moins : ces vins blancs faibles en alcool supportaient mal des semaines de mer et arrivaient souvent abîmés.
Les marchands hollandais ont résolu le problème en distillant le vin. Le volume à transporter diminuait, le produit ne s’altérait plus, et on comptait le remouiller à l’arrivée pour retrouver du vin. Ce brandwijn, le vin brûlé, a donné le mot brandy.
Deux choses ont ensuite échappé au plan initial. Au début du XVIIe siècle, la région adopte la double distillation, plus fine que la simple passe hollandaise. Et les retards de chargement dans les ports laissent les eaux-de-vie séjourner dans leurs fûts de chêne du Limousin, où elles s’améliorent au lieu de s’abîmer. Personne n’avait prévu de les boire pures. C’est pourtant ce qui a fait le cognac.
Les comptoirs de négoce s’installent à partir de la fin du XVIIe siècle, souvent fondés par des Anglo-Saxons. Plusieurs existent toujours et portent encore le nom de leur fondateur. Aujourd’hui le cognac se vend dans près de 139 pays, et 97,5 % de sa valeur part à l’export. Cette région produit depuis quatre siècles pour des gens qui vivent ailleurs.
La délimitation date du décret du 1er mai 1909. Elle couvre la quasi-totalité de la Charente-Maritime, une large part de la Charente, quelques communes des Deux-Sèvres et de la Dordogne. Un vin récolté à quinze kilomètres de cette frontière, distillé à l’identique par le même distillateur, ne sera jamais du cognac.
Le vignoble de l’appellation couvre aujourd’hui plus de 87 648 hectares, premier vignoble de vin blanc de France et 10 % du vignoble national. Le paysage n’a rien de spectaculaire : des plaines, des reliefs doux, la Charente et ses affluents, un climat océanique tempéré aux hivers cléments. Les visiteurs qui arrivent en attendant des coteaux escarpés sont parfois déçus les dix premières minutes. Ce qui se joue ici est sous leurs pieds, pas devant leurs yeux.
Vers 1860, le géologue Henri Coquand parcourt la région avec un dégustateur. Lui décrit les sols, l’autre goûte les eaux-de-vie, et ils rapprochent les deux. Leur classement a servi de base au décret de 1938, qui a fixé les six crus actuels.
La question qui revient à chaque dégustation comparative : un Grande Champagne est-il forcément meilleur ? Non. Le classement décrit une aptitude au vieillissement, pas une note de qualité. Un Borderies de quinze ans peut être plus abouti qu’un Grande Champagne du même âge, simplement parce qu’il arrive plus tôt à maturité. Et un cru bien travaillé battra toujours un cru prestigieux mal distillé.
Quelques domaines possèdent des vignes sur deux crus à la fois, Petite et Grande Champagne, ou Borderies et Fins Bois. Chez ceux-là, je fais goûter les deux côte à côte. Même viticulteur, même distillation, même chai : seul le sol change. C’est la seule façon honnête de trancher la question, et l’argument tient nettement mieux dans le verre que sur une carte.
Aucun rapport avec le vin de Champagne. Le mot vient du latin campania, la campagne, et désigne ici la nature crayeuse du sol. La confusion est si fréquente que je la désamorce d’entrée, souvent avant même la première dégustation.
« Fine Champagne » est une appellation à part entière : un assemblage de Grande et de Petite Champagne comportant au moins 50 % de Grande Champagne. « Grande Fine Champagne » et « Petite Fine Champagne » sont, elles, de simples synonymes de Grande Champagne et de Petite Champagne. Le mot « Fine » seul, depuis la loi de 1928, ne peut s’employer qu’accompagné du nom d’une appellation.
L’ugni blanc occupe plus de 98 % du vignoble. Venu de Toscane, tardif, productif, résistant à la pourriture grise, il donne un vin acide à 8 ou 9 % vol. qui se conserve sans sulfitage. Ses qualités de raisin de table sont nulles ; ses qualités de raisin à distiller sont exactement celles qu’il faut.
Le cahier des charges autorise aussi la folle blanche, majoritaire avant le phylloxéra et tombée aujourd’hui sous 1 % du vignoble, le colombard, né en Charente d’un croisement entre gouais et chenin, le montils, surtout employé pour le Pineau des Charentes, le sémillon, et le folignan. Ce dernier est un croisement ugni blanc x folle blanche sélectionné par la Station Viticole du BNIC, intégré au décret en 2005 dans la limite de 10 %.
Depuis le phylloxéra, tous ces cépages sont greffés sur porte-greffes, choisis selon le type de sol.
Un cognac ne peut pas être commercialisé avant deux ans de vieillissement sous bois. Le décompte, que la filière appelle le compte d’âge, démarre le 1er avril suivant la récolte, et non le jour de la distillation. Le BNIC en assure le contrôle.
La mention portée sur la bouteille correspond à l’eau-de-vie la plus jeune de l’assemblage :
Retenez surtout le mot « minimum ». La mention est un plancher réglementaire, pas une description. La plupart des maisons assemblent des eaux-de-vie nettement plus âgées que le seuil, et l’écart entre deux XO d’étiquette peut être considérable. Lire l’étiquette vous dit ce que le cognac ne peut pas être. Elle ne vous dit pas ce qu’il est.
Cette grille se retient en dix minutes et elle change tout le reste du séjour. Vous savez pourquoi le producteur insiste sur son cru, ce que sa mention d’âge engage vraiment, et vous pouvez lui demander l’âge réel de ses eaux-de-vie plutôt que de vous arrêter aux trois lettres. Vous pouvez aussi comparer, ce qui reste le seul argument qui vaille.
Nos ateliers et visites de distilleries, nos excursions dans le vignoble et nos séjours en Charentes sont construits autour de ça : traverser plusieurs crus dans une même journée quand la distance le permet, et goûter en parallèle plutôt qu’en enfilade. Sur plusieurs domaines dont je connais bien les propriétaires, je conduis moi-même la visite complète et le propriétaire nous rejoint à la dégustation.
Pour la suite, la page consacrée à l’élaboration du cognac détaille ce qui se passe entre la vendange et le fût.
Au fil du temps la forme de l’alambic a lentement changé. Le changement le plus spectaculaire est le chapiteau, partie au dessus de la marmite, passant de la tête de maure à l’oignon avec son col de cygne
Visite de tonnellerie pour découvrir l’art de fabriquer un fût de qualité, élément indispensable pour élaborer un bon cognac ou un bon vin
Une expérience unique pour un amateur de cognacs, assister à une dégustation professionnelle d’eaux-de-vie nouvelles de cognac pendant la saison de le la distillation
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